Être à l’écoute et faire fi de ses préjugés

Sœur Gervaise Flibotte croit profondément à l’importance d’être à l’écoute des autres, respectueusement et en faisant abstraction de ses préjugés, afin d’établir avec elles des relations humaines signifiantes. C’est ce qu’elle s’efforce de faire, au quotidien, dans cette vie communautaire qu’elle a adoptée en devenant une religieuse, il y a de cela plus de 60 ans.

« Le pape François, dans son discours inaugural, a dit : «Prenez soin les uns des autres » et ça me rejoint. C’est ça la vraie fraternité », indique sœur Gervaise.

crédit : Denyse Bégin

crédit : Denyse Bégin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle aussi dit avoir acquis ses valeurs de fraternité et de partage au sein de sa famille, à Saint-Pie, où elle était la 6e de 18 enfants.

« On apprend ça jeune, mais par la suite, c’est l’histoire de toute une vie car il nous reste à mettre ça en pratique, dit-elle. Dans la communauté, comme dans la société, chacune a son propre caractère. Moi, pour que mes gestes résonnent dans le cœur des autres, il me faut puiser à la Source, dans la parole de Jésus ressuscité afin de m’en nourrir.

« Mais avant tout, conclut-elle, il faut être présent à l’autre, l’écouter vraiment et lui donner toute l’attention qu’elle mérite. »

« Une amie, ça fait du bien! » -sœur Françoise Bibeau

« C’est à la maison, au sein d’une famille de 14 enfants (dont deux morts peu de temps après la naissance), que j’ai appris les rudiments de la vie communautaire », avoue d’entrée de jeu sœur Françoise Bibeau qui a grandi à Saint-Joseph-de-Sorel.

Enseignante au primaire pendant quatre ans, puis au secondaire pendant une dizaine d’années, elle a par la suite été directrice d’école pendant huit ans et elle a travaillé aux services éducatifs de la commission scolaire. Au sein de sa communauté, elle a assumé deux mandats de six ans chacun à l’administration générale, puis elle a œuvré au Conseil régional de la maison mère.

« Ce fut très diversifié, mais j’ai tout aimé », dit-elle.

Dans tous ses mandats, et même à l’École normale où elle a étudié, sœur Françoise a développé des liens privilégiés avec certaines des personnes côtoyées.

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crédit : Denyse Bégin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« À l’École normale, nous étions trois bonnes amies, toujours ensemble et cette amitié a duré pendant de nombreuses années même si nous avons pris différentes voies, l’une étant célibataire, moi, religieuse et l’autre, mère de famille. Présentement, je reçois encore des nouvelles d’anciennes élèves, certaines viennent me voir de temps en temps. Quand j’étais directrice, j’ai croisé des mères à qui j’avais enseigné dont les enfants fréquentaient l’école. Ça tisse des liens solides! », mentionne sœur Françoise.

Et il y a sa grande amie, Monique Rajotte, qui occupe une place particulière dans son cœur.

« Nos valeurs se rejoignent et j’ai apprécié particulièrement tous nos échanges sur notre vie spirituelle. Une amie, ça fait du bien! », dit-elle.

Et les valeurs sur lesquelles a reposé le cheminement de sœur Françoise, ce sont celles qui lui ont été transmises par ses parents, soit « de l’amour en masse et de la confiance ».

« L’éducation que nous avons reçue dans nos familles nous permet souvent de comprendre pourquoi l’autre agit de telle ou telle manière. Il ne faut pas s’en cacher, certaines ont mauvais caractère, dit-elle en éclatant de rire. Mais il faut savoir faire preuve de tolérance », indique sœur Françoise.

L’amour, ingrédient essentiel à une vie communautaire réussie

C’est toute petite, au Manitoba, entourée de ses 10 sœurs que sœur Thérèse André a apprivoisé les notions de partage, de vie fraternelle et d’amour.

« Quand je parle de ma sœur Ferdinande, c’est la moitié de moi-même », dit-elle spontanément.

Vivre au sein d’une communauté religieuse, pour elle, c’est comme un mariage.

« Il faut faire attention, accepter, excuser et s’excuser », affirme-t-elle.

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crédit : Denyse Bégin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Celle qui vit depuis deux ans à la maison mère des sœurs de Saint-Joseph, à Saint-Hyacinthe, a dû s’habituer à l’idée de partager son quotidien avec plus de 100 personnes puisque dans toutes ses années en mission, elles étaient seulement trois ou quatre à partager le même environnement.

« Je trouve ça un peu lourd, mais ce n’est la faute de personne. Par exemple, c’est difficile de parler de ma vie au Manitoba, où j’ai vécu jusqu’à il y a deux ans. C’est une réalité qui ne trouve pas beaucoup d’écho ici.

« Par contre, il y a des sous-groupes au sein de la communauté où nous fraternisons et partageons des activités ensemble. Mais parfois, nous pouvons être une semaine sans nous croiser dans la bâtisse. Moi, je visite les malades et les lundis, j’organise des jeux pour elles. Vient qui veut ! C’est tellement beau de les voir, rayonnantes. On me paierait que ce ne serait pas mieux ! », s’exclame-t-elle.

Pour réussir une vie communautaire, il faut beaucoup d’amour, croit sœur Thérèse.

Petite fille, alors que déjà elle voulait enseigner, elle amenait les plus jeunes de son école prier à l’église du village pendant la récréation du midi.

Quand elle a vu les sœurs de Saint-Joseph s’installer à Lorette, elle a eu un véritable coup de cœur et très vite, elle a souhaité entrer au noviciat.

« Je n’ai pas fini d’apprivoiser cette nouvelle vie à la maison mère, mais je vais y arriver, c’est certain », dit-elle.

 

 

« Enseigner, c’est un art » – sœur Thérèse Larivière, sjsh

Sœur Thérèse a 86 ans et elle est en pleine forme. Je dirais même plus, elle est resplendissante!

Cette belle dame bien droite et fière a enseigné pendant 12 ans au primaire et 28 ans, au secondaire. Son parcours professionnel l’a menée au Témiscamingue, à Sherbrooke, à Saint-Jean et à Saint-Hyacinthe, à l’école secondaire Casavant, puis à l’école secondaire Saint-Joseph.

© Patrick Roger, photographe

Actuellement, elle aide des immigrants à apprendre le français et ne semble pas prête à renoncer à cette activité qui lui plaît.

« Mon goût pour l’enseignement s’est développé à l’École normale et il ne m’a jamais lâché depuis », indique-t-elle.

« Enseigner, c’est un art, pas une profession. Il faut beaucoup d’amour et s’assurer d’être équitable. Les élèves sont tous égaux. Chacun a sa place et le respect des autres est essentiel dans une classe. De plus, j’ai toujours trouvé important d’encourager les élèves et de souligner leurs efforts », poursuit-elle.

Aimer ses élèves et son métier, c’est la clé pour cette religieuse calme et souriante, toujours heureuse de transmettre son savoir aux autres et ainsi, de leur donner des « munitions » pour bâtir un avenir à la hauteur de leurs espérances.

© Patrick Roger, photographe

 

 

« Ils étaient comme mes enfants! » – sœur Huguette Gagnon, sjsh

Après avoir prononcé ses vœux perpétuels en 1962, sœur Huguette Gagnon a enseigné au Québec, jusqu’en 1969, puis on l’a envoyée au Manitoba, à Saint-Vital, un quartier de Saint-Boniface. Elle y a enseigné aux tout-petits de maternelle et de première année et c’est sur place, en les côtoyant, qu’elle a appris à parler anglais.

« J’ai toujours voulu enseigner, dit-elle. Toute petite, je jouais à la maîtresse d’école avec mes deux sœurs ou avec mes toutous. Je voyais les Sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie passer devant chez nous, dans leur costume, et ça me réjouissait. Mais, ma mère a ralenti mes élans et j’ai dû attendre d’avoir atteint l’âge de 18 ans avant de devenir postulante », raconte-t-elle.

Dans l’Ouest canadien, sœur Huguette a notamment enseigné le chant et la musique aux petits francophones.

« Il faut de la patience, mais c’est si valorisant. Ils étaient comme mes enfants! », avoue-t-elle.

© Patrick Roger, photographe

« C’est fabuleux quand on voit les yeux d’un enfant s’éclairer quand il vient de comprendre une notion qui lui semblait impossible à apprivoiser au départ. Ils se disent incapables puis, tout à coup, ça débloque! Moi, ça m’émerveillait de les voir apprendre. »

Lorsqu’elle évoque les beaux souvenirs, comme les plus douloureux, on a l’impression de revivre ces moments-là avec elle.

« Un jour nous étions en cercle, les mains jointes et j’avais demandé aux enfants de fermer leurs yeux pour se concentrer sur le chant. Tout à coup, j’ai reçu un petit coup de coude et l’un des petits m’a avertie : « ferme tes yeux toi aussi ». C’était si suave! », se souvient-elle.

Puis, elle enchaîne sur des événements plus tragiques et son visage se crispe.

« Un jour, la petite Virginie m’a dit « j’ai la leucémie. Je vais avoir un traitement et si ça ne fonctionne pas, je vais mourir » et elle est effectivement décédée, peu de temps après. Il y a eu aussi cette autre petite, Brigitte, qui a eu un accident d’auto avec sa maman. Cette dernière est morte devant elle. Elle me disait « je ne veux pas que ça arrive, même si c’était après l’accident. Un mois plus tard, elle a eu une grosse crise de larmes. Elle m’a alors confié toute sa peine. »

Dans les derniers mois où elle a enseigné aux petits, sœur Huguette, avec ses cheveux blancs, étaient pour eux comme une grand-maman bienveillante.

Retraitée, installée dorénavant à la maison mère de Saint-Hyacinthe, elle revit avec émotion tous les beaux moments vécus au Manitoba où, sans doute, elle a laissé derrière elle une partie de son cœur.