« Enseigner, c’était que du bonheur! » -sœur Michelle Gill, sjsh

Sœur Michelle Gill a la biologie dans le sang! Cette matière, elle l’a enseignée pendant près de 20 ans à l’école secondaire Saint-Joseph (ESSJ) avant de quitter le Québec pour aller œuvrer en Haïti pendant 10 ans afin d’y fonder puis d’y diriger une école.

Elle n’hésite pas à qualifier de pur bonheur les années passées à enseigner.

« Pour que le courant passe, il faut que tu émerveilles les élèves et il faut aussi que tes propres yeux pétillent. Certaines de mes enseignantes ont été des modèles pour moi. Je voulais enseigner comme elles. Je pense ici notamment à sœur Simone Ferland, des sœurs de la Présentation de Marie. C’était ma prof de biologie. Elle a été en quelque sorte mon mentor », indique sœur Michelle.

Et ce bonheur, qu’elle exprime sans retenue, lui fait revivre un épisode rempli d’émotion sous nos yeux : « je travaillais avec un petit Haïtien depuis quelque temps pour l’aider à apprendre à lire. Il avait beaucoup de difficulté, mais un jour, il y a eu un déclic. Il a commencé à lire. Il en tremblait et moi, je pleurais de joie. Il réalisait qu’il avait compris », raconte-t-elle en reproduisant les gestes du petit.

Avec les élèves de l’ESSJ, elle a su créer une ambiance favorisant les échanges entre elle et les jeunes, et ce, dans le respect. Aucune question n’était idiote et c’était une règle que toutes devaient respecter.

« Je crois bien avoir réussi à transmettre ma passion pour la biologie à plusieurs de mes élèves. Quand les parents venaient à la rencontre des profs et qu’ils voyaient l’affiche au-dessus de ma tête disant que j’étais la prof de bio, plusieurs m’abordaient en disant « ah oui, ça ma fille aime ça! », et ça me rendait heureuse.

Encore aujourd’hui, plusieurs années après avoir quitté l’ESSJ, Michelle Gill et ses consœurs qui y ont enseigné en parlent comme de « leur école ».

« Ils sont encore proche de nous et ils sont restés fidèles à plusieurs de nos valeurs comme celle d’enseigner à tous, faibles et forts, sans discrimination », se réjouit-elle.

© Patrick Roger, photographe

Le cœur broyé bien des fois

« On peut lire beaucoup de textes sur la mort, mais, lorsqu’on perd quelqu’un de proche, en faire l’expérience, c’est bien différent », souligne tristement sœur Pauline Robichaud, après avoir évoqué le décès de son père.

« À ce moment-là, mon frère et moi avons dû prendre soin de ma mère, devenue veuve, et c’est ce qui a pris la place du deuil. Elle a voulu quitter la maison familiale, ce qui a été un autre détachement à vivre pour nous », raconte la religieuse, native de Sainte-Rosalie.

Et elle poursuit : « aujourd’hui, mes deux parents sont décédés, mais pour moi,  ils sont présents, d’une autre façon. Ils sont bien vivants en moi. Parfois, je pose des gestes qui me les rappellent. Nous allons nous revoir un jour, je le crois ».

Si un jour elle se retrouve clouée sur son lit de mort et qu’elle est encore consciente, sœur Pauline aimerait entendre le chant des complies (chant grégorien).

« Je trouve ça important de me préparer, mais je sais que pour certaines de mes consœurs, ce n’est pas un sujet facile à aborder », dit-elle, respectueusement.

Et puisqu’elle considère essentiel de réfléchir à cette question, elle a récemment fait un bilan de sa vie, alors qu’on soulignait son jubilé d’or.

« Dire « oui », afin de rendre les autres heureux et moi aussi, c’est ce qui aura donné du sens à ma vie. Je suis heureuse d’avoir fait ce pour quoi j’ai été appelée et de constater que ce rayonnement a teinté toutes mes rencontres avec les autres », affirme-t-elle, le cœur en paix.

Les yeux de sœur Pauline se remplissent de larmes lorsqu’elle pense au départ de la maison mère, dans quelques mois.  Elle se souvient alors de changements qui ont marqué sa vie, dont ce jour où elle est devenue missionnaire en Haïti, et elle dit : «  j’allais à la chapelle, et je pleurais comme une madeleine. J’ai eu le cœur broyé bien des fois… »

© Patrick Roger, photographe

Faire la volonté de Dieu

« J’ai placé ma vie entre les mains du Seigneur et j’accepte sa volonté », dit sœur Alice Chèvrefils, originaire du Manitoba, une province qu’elle a quittée il y a 7 ans, afin de s’installer à la maison mère des sœurs de Saint-Joseph, à Saint-Hyacinthe.

« Je quittais mon lieu de naissance, ma famille, mon milieu, mais je savais que la vie communautaire, à Saint-Hyacinthe, serait plus facile pour moi. Je serais avec les miennes », dit-elle.

Avant de partir du Manitoba, elle avait dû habiter chez les sœurs Grises pendant un certain temps et, malgré le fait qu’elle avait été bien accueillie, elle s’y sentait moins chez elle.

C’était l’un des déracinements vécus par sœur Alice au cours de sa vie, car elle a également été missionnaire au Sénégal pendant 18 ans et, après cette expérience, elle a trouvé difficile le retour au Manitoba.

« Je n’avais pas évolué au même rythme que mes consœurs manitobaines. Mais, mon raisonnement devant les difficultés et les changements de la vie, c’était de faire la volonté de Dieu. Ce n’est pas toujours facile, il m’est arrivée de pleurer au moment de vivre certains départs, mais je sais que si je remets tout ça entre ses mains, il m’aide à surmonter mes peines, mes craintes », mentionne-t-elle.

Aujourd’hui, sœur Alice a 74 ans et elle mène une vie active au sein de « sa » communauté, où elle est adjointe à la supérieure de l’infirmerie.

Et vieillir, c’est difficile?

« Non. Au fur et à mesure que je vois les années passer, je constate que je suis de plus en plus heureuse. Ça fait partie du vieillissement, alors, c’est positif. »

Et, lorsqu’elle pense au fait de devoir quitter la maison mère, dans quelques mois, elle se console en se disant qu’au moins, toutes les sœurs de la communauté continueront de vivre ensemble, dans un même lieu.

© Patrick Roger, photographe

 

Christiane Singer, Derniers fragments d’un long voyage, pp. 42-43 :

« Au fond, je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui c’est la bonne nouvelle que je vous apporte.

Et puis il y a autre chose encore. Avec cette capacité d’aimer, qui s’est agrandie vertigineusement, a grandi la capacité d’accueillir l’amour. Et cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne ou qui m’accompagnent – parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui me portent! Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille. Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer. Sont entrés dans cette audace d’amour. En somme il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans leur courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.

Alors, amis, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément.

Tout est mystère. Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille; vous me rencontrerez peut-être ces jours de congrès errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous.

La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous. »

Il est pour toi celui-là ma Gigi. xx

© Denyse Bégin

Les êtres avant les choses

Sœur Monique Pion place l’humain tout en haut de son échelle de priorité. Les objets, les lieux où l’on vit, les vêtements qu’on porte… tout ça est interchangeable et peu significatif dans son cheminement personnel.

« Dans un an, nous déménagerons, c’est vrai, mais nous continuerons d’être toutes ensembles et c’est ce qui compte pour moi. Le climat d’intériorité que je trouve actuellement à la chapelle, je pourrai le recréer avec mes consœurs une fois rendue aux Jardins d’Aurélie », affirme-t-elle.

Originaire de Sainte-Cécile-de-Milton, sœur Monique dit avoir souvent déménagé lorsqu’elle était enfant. C’est sans doute ce qui l’a aidée à s’adapter facilement à tous les changements qui ont par la suite parsemé son parcours au sein de la communauté des sœurs de Saint-Joseph.

À propos de la mort, un tout autre type de deuil à faire, son premier contact direct avec elle a été le décès de son père. Alors missionnaire au Sénégal, elle a obtenu la permission de venir à son chevet. Lorsqu’elle est arrivée, il était dans le coma. « Mais j’étais présente au moment de son décès et c’est ce qui compte », affirme-t-elle.

Elle est retournée en Afrique sans avoir eu le temps de faire son deuil et, deux ans plus tard, lorsqu’elle est revenue au Québec, elle espérait avoir l’occasion de parler avec ses proches de cette expérience qui la hantait encore, mais le sujet semblait tabou. « C’est là que j’ai vraiment dû faire ce deuil », avoue sœur Monique.

C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, elle considère important de parler de la mort, voire même de sa propre mort, afin d’apprivoiser la chose.

« Dans le groupe communautaire dont je suis responsable, à la maison mère, une de mes compagnes est arrivée à une de nos rencontres, un jour, en disant : « j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, je m’en vais au ciel ». C’était sa façon à elle de nous dire qu’elle était condamnée. Au sein du groupe, nous avons alors été capables d’en parler sereinement. Je trouve ça bien », dit-elle.

© Patrick Roger, photographe