Blog Archives

Série D’Amour et d’espoir – Textes publiés dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe

âme_maison1-06-06-13

Premier texte de la série, publié le 6 juin 2013. Thème : le deuil. Titre : « L’âme d’une maison, ce sont les personnes qui y vivent » – sœur Monique Pion. Pour lire le texte :  STHA13-06-06-13

***

enseigner_c_aimer2-04-07-13

Deuxième texte, publié le 4 juillet 2013. Thème : la transmission du savoir. Titre : Enseigner, c’est aimer. Pour lire le texte : STHA12-04-07-13

***

vie_fraternelle3_08-08-13

Troisième, publié le 8 août 2013. Thème : l’amitié. Titre : Vie de partage, vie fraternelle. Pour lire le texte : STHB08-08-08-13

***

démocratie4_12-09-13

Quatrième, publié le 12 septembre 2013. Thème : cérémonie de clôture du chapitre général. Titre : Et si c’était ça la démocratie? Pour lire le texte : STHB06-12-09-13

***

croyances_et_doutes5_10-10-13

Cinquième, publié le 10 octobre 2013. Thème : vie spirituelle. Titre : Entre croyances et doutes. Pour lire le texte : STHA23-10-10-13

***

récits_missionnaires6_14-11-13

Sixième, publié le 14 novembre 2013. Thème : les missions. Titre : Récits missionnaires sous forme d’abécédaire. Pour lire le texte : STHA18-14-11-13

***

don_de_soi7_12-12-13

Septième, publié le 12 décembre 2013. Thème : empathie, générosité. Titre : Don de soi, grandeur d’âme et gratitude. Pour lire le texte : STHB16-12-12-13

***

fête_et_liberté8_09-01-14

Huitième, publié le 9 janvier 2014. Thème : le sens de la fête. Titre : La fête : un espace de liberté. Pour lire le texte : STHB06-09-01-14

***

croyance_homme9_13-02-14

Neuvième, publié le 13 février 2014. Thème : regard sur les autres. Titre : Elles croient en l’Homme. Pour lire le texte : STHA18-13-02-14

***

plaidoyer10_13-03-14

Dixième, publié le 13 mars 2014. Thème : portes ouvertes avant la fermeture prochaine du musée de la maison-mère. Titre : Plaidoyer pour la suite de ce monde. Pour lire le texte : plaidoyer_13-03-14_indd

***

courrier_2014-04-10

Onzième, publié le 10 avril 2014. Thème : culture et patrimoine. Titre : À chacune sa passion! Pour lire le texte : culture_et_patrimoine_2014-04-10

***

012-STHB12-08-05-14

Douzième, publié le 8 mai 2014. Thème : les associées au charisme. Titre : Une communauté de partage, un groupe d’appartenance. Pour lire le texte : associées_STHB12-08-05-14

***

 

 

Voir les photos de Patrick Roger :

Christiane Singer, Derniers fragments d’un long voyage, pp. 42-43 :

« Au fond, je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui c’est la bonne nouvelle que je vous apporte.

Et puis il y a autre chose encore. Avec cette capacité d’aimer, qui s’est agrandie vertigineusement, a grandi la capacité d’accueillir l’amour. Et cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne ou qui m’accompagnent – parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui me portent! Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille. Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer. Sont entrés dans cette audace d’amour. En somme il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans leur courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.

Alors, amis, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément.

Tout est mystère. Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille; vous me rencontrerez peut-être ces jours de congrès errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous.

La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous. »

Il est pour toi celui-là ma Gigi. xx

© Denyse Bégin

Les êtres avant les choses

Sœur Monique Pion place l’humain tout en haut de son échelle de priorité. Les objets, les lieux où l’on vit, les vêtements qu’on porte… tout ça est interchangeable et peu significatif dans son cheminement personnel.

« Dans un an, nous déménagerons, c’est vrai, mais nous continuerons d’être toutes ensembles et c’est ce qui compte pour moi. Le climat d’intériorité que je trouve actuellement à la chapelle, je pourrai le recréer avec mes consœurs une fois rendue aux Jardins d’Aurélie », affirme-t-elle.

Originaire de Sainte-Cécile-de-Milton, sœur Monique dit avoir souvent déménagé lorsqu’elle était enfant. C’est sans doute ce qui l’a aidée à s’adapter facilement à tous les changements qui ont par la suite parsemé son parcours au sein de la communauté des sœurs de Saint-Joseph.

À propos de la mort, un tout autre type de deuil à faire, son premier contact direct avec elle a été le décès de son père. Alors missionnaire au Sénégal, elle a obtenu la permission de venir à son chevet. Lorsqu’elle est arrivée, il était dans le coma. « Mais j’étais présente au moment de son décès et c’est ce qui compte », affirme-t-elle.

Elle est retournée en Afrique sans avoir eu le temps de faire son deuil et, deux ans plus tard, lorsqu’elle est revenue au Québec, elle espérait avoir l’occasion de parler avec ses proches de cette expérience qui la hantait encore, mais le sujet semblait tabou. « C’est là que j’ai vraiment dû faire ce deuil », avoue sœur Monique.

C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, elle considère important de parler de la mort, voire même de sa propre mort, afin d’apprivoiser la chose.

« Dans le groupe communautaire dont je suis responsable, à la maison mère, une de mes compagnes est arrivée à une de nos rencontres, un jour, en disant : « j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, je m’en vais au ciel ». C’était sa façon à elle de nous dire qu’elle était condamnée. Au sein du groupe, nous avons alors été capables d’en parler sereinement. Je trouve ça bien », dit-elle.

© Patrick Roger, photographe

Une vie bien remplie

« Les valeurs véhiculées par les êtres qui nous étaient chers, ceux qui aujourd’hui sont morts, ces valeurs, dit-elle, continuent de vivre en nous ». C’est le message de foi que lance sœur Marguerite Dubois au début de notre rencontre.

Si belle et rayonnante, du haut de ses 95 ans, sœur Marguerite inspire la joie de vivre, la tendresse et la bonté.

« J’ai eu une vie bien remplie, et elle continue de l’être, et j’ai toujours aimé ce que je faisais », raconte celle qui a enseigné pendant 50 ans, a travaillé au Camp Richelieu pendant 10 ans, a ouvert un centre de dépannage à Bromont puis, au travers de tout cela, a chanté la vie et aimé son prochain.

Fièrement, elle parle de son père, qui fut l’un des premiers colons à s’installer à Fugèreville, au Témiscamingue, une municipalité qui a célébré 100 ans d’existence, en 2012. Des célébrations auxquelles sœur Marguerite a pris part, à titre de seule représentante de la famille de neuf enfants, dont elle était la plus jeune, et la seule qui soit encore en vie. Sa mère est décédée alors qu’elle n’avait que 18 mois. Malgré tout, elle affirme sans hésitation :

« J’ai été élevée dans l’amour et la joie. Chez nous, il y avait toujours du chant et de la musique. Après la mort de ma mère, nous avons déménagé dans la région de Baie Missisquoi. Mon père ne s’est jamais remarié. Les plus vieilles se sont occupées de lui. »

Ce père tant aimé a eu beaucoup de peine quand sa sœur Laurette et elles sont entrées au couvent, en même temps.

« Il en a été malade. Quand nous l’avons su, nous sommes allées le trouver et nous avons passé huit jours avec lui. Il était rassuré de nous savoir heureuses et il s’est remis à jouer du violon. »

Du vieillissement, du fait de prendre de l’âge, sœur Marguerite ne se plaint pas : « si j’étais malade, ce serait pire! Mais j’ai la santé et c’est formidable. Je tricote, je cuisine, j’ai beaucoup d’amis, de la parenté. Je suis bien entourée. »

Devant les difficultés de la vie, elle dit s’être toujours abandonnée à la volonté de Dieu et elle a fait sienne cette parole de Mgr Moreau : « Je peux tout en celui qui me fortifie ».

© Patrick Roger, photographe

La veille de son retour

Sœur Réjeanne Éthier a 85 ans. Elle est entrée chez les sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe il y a 66 ans. Sa mère est morte alors qu’elle n’avait que 16 ans. Ça fait 69 ans déjà. Ça semble loin, mais lorsqu’elle en parle, on jurerait que c’était hier.

« C’était la veille de son retour. Elle était partie aux États-Unis, chez l’une de mes sœurs, mariée à un Américain. Le 15 août au matin, maman est morte. Ma sœur Rolande était postulante chez les sœurs de Saint-Joseph à l’époque. Le matin, vers 4 h 30, ma sœur des États-Unis a appelé chez une autre de mes sœurs, à Sorel. Puis, cette dernière est venue à la maison familiale, pour nous apprendre la triste nouvelle.

« C’était vraiment dur, poursuit sœur Réjeanne. Dans ce temps-là, les morts étaient exposés dans les maisons. Le corps de ma mère est arrivé par train, le 7 août au soir. Pendant deux ans, après ça, j’étais incapable d’entendre crier un train. »

Cette mère, tant aimée, avait mis 17 enfants au monde. Cinq étaient morts en bas âge. Sœur Réjeanne est le seul enfant de la famille encore vivant. Parmi les autres, plusieurs sont morts du cœur. C’est le cas pour sa mère aussi.

« À ma naissance, elle avait demandé au Bon Dieu de la garder en vie jusqu’à ce que j’aie 15 ans. Il l’a écouté, faut croire! Moi j’ai pris ça pour un signe en tout cas. »

Même si elle vit en communauté depuis 66 ans, sœur Réjeanne affirme : « je suis toute seule maintenant », lorsqu’elle évoque le décès de sa sœur Rolande, 87 ans, en 2011.

Sœur Réjeanne pense à sa mort, parfois, mais pas pour dresser le bilan de sa vie.

« Ce qui est passé est passé. Je ne m’arrête pas au passé. Je me prépare à la mort, j’y pense parfois, mais je me dis que peu importe ce qu’on fait, nous serons toujours des pécheresses. Ce qu’on doit demander à Dieu, c’est de nous accueillir quand viendra notre heure et nous, nous devons accueillir sa miséricorde. Tout le monde va être sauvé. Dans sa grande miséricorde, il va nous sauver. Nous faisons partie de son corps mystique », dit-elle de sa belle mine réjouie.

© Patrick Roger, photographe