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« Ils étaient comme mes enfants! » – sœur Huguette Gagnon, sjsh

Après avoir prononcé ses vœux perpétuels en 1962, sœur Huguette Gagnon a enseigné au Québec, jusqu’en 1969, puis on l’a envoyée au Manitoba, à Saint-Vital, un quartier de Saint-Boniface. Elle y a enseigné aux tout-petits de maternelle et de première année et c’est sur place, en les côtoyant, qu’elle a appris à parler anglais.

« J’ai toujours voulu enseigner, dit-elle. Toute petite, je jouais à la maîtresse d’école avec mes deux sœurs ou avec mes toutous. Je voyais les Sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie passer devant chez nous, dans leur costume, et ça me réjouissait. Mais, ma mère a ralenti mes élans et j’ai dû attendre d’avoir atteint l’âge de 18 ans avant de devenir postulante », raconte-t-elle.

Dans l’Ouest canadien, sœur Huguette a notamment enseigné le chant et la musique aux petits francophones.

« Il faut de la patience, mais c’est si valorisant. Ils étaient comme mes enfants! », avoue-t-elle.

© Patrick Roger, photographe

« C’est fabuleux quand on voit les yeux d’un enfant s’éclairer quand il vient de comprendre une notion qui lui semblait impossible à apprivoiser au départ. Ils se disent incapables puis, tout à coup, ça débloque! Moi, ça m’émerveillait de les voir apprendre. »

Lorsqu’elle évoque les beaux souvenirs, comme les plus douloureux, on a l’impression de revivre ces moments-là avec elle.

« Un jour nous étions en cercle, les mains jointes et j’avais demandé aux enfants de fermer leurs yeux pour se concentrer sur le chant. Tout à coup, j’ai reçu un petit coup de coude et l’un des petits m’a avertie : « ferme tes yeux toi aussi ». C’était si suave! », se souvient-elle.

Puis, elle enchaîne sur des événements plus tragiques et son visage se crispe.

« Un jour, la petite Virginie m’a dit « j’ai la leucémie. Je vais avoir un traitement et si ça ne fonctionne pas, je vais mourir » et elle est effectivement décédée, peu de temps après. Il y a eu aussi cette autre petite, Brigitte, qui a eu un accident d’auto avec sa maman. Cette dernière est morte devant elle. Elle me disait « je ne veux pas que ça arrive, même si c’était après l’accident. Un mois plus tard, elle a eu une grosse crise de larmes. Elle m’a alors confié toute sa peine. »

Dans les derniers mois où elle a enseigné aux petits, sœur Huguette, avec ses cheveux blancs, étaient pour eux comme une grand-maman bienveillante.

Retraitée, installée dorénavant à la maison mère de Saint-Hyacinthe, elle revit avec émotion tous les beaux moments vécus au Manitoba où, sans doute, elle a laissé derrière elle une partie de son cœur.