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Le cœur broyé bien des fois

« On peut lire beaucoup de textes sur la mort, mais, lorsqu’on perd quelqu’un de proche, en faire l’expérience, c’est bien différent », souligne tristement sœur Pauline Robichaud, après avoir évoqué le décès de son père.

« À ce moment-là, mon frère et moi avons dû prendre soin de ma mère, devenue veuve, et c’est ce qui a pris la place du deuil. Elle a voulu quitter la maison familiale, ce qui a été un autre détachement à vivre pour nous », raconte la religieuse, native de Sainte-Rosalie.

Et elle poursuit : « aujourd’hui, mes deux parents sont décédés, mais pour moi,  ils sont présents, d’une autre façon. Ils sont bien vivants en moi. Parfois, je pose des gestes qui me les rappellent. Nous allons nous revoir un jour, je le crois ».

Si un jour elle se retrouve clouée sur son lit de mort et qu’elle est encore consciente, sœur Pauline aimerait entendre le chant des complies (chant grégorien).

« Je trouve ça important de me préparer, mais je sais que pour certaines de mes consœurs, ce n’est pas un sujet facile à aborder », dit-elle, respectueusement.

Et puisqu’elle considère essentiel de réfléchir à cette question, elle a récemment fait un bilan de sa vie, alors qu’on soulignait son jubilé d’or.

« Dire « oui », afin de rendre les autres heureux et moi aussi, c’est ce qui aura donné du sens à ma vie. Je suis heureuse d’avoir fait ce pour quoi j’ai été appelée et de constater que ce rayonnement a teinté toutes mes rencontres avec les autres », affirme-t-elle, le cœur en paix.

Les yeux de sœur Pauline se remplissent de larmes lorsqu’elle pense au départ de la maison mère, dans quelques mois.  Elle se souvient alors de changements qui ont marqué sa vie, dont ce jour où elle est devenue missionnaire en Haïti, et elle dit : «  j’allais à la chapelle, et je pleurais comme une madeleine. J’ai eu le cœur broyé bien des fois… »

© Patrick Roger, photographe